La Côte d’Ivoire pays de l’anacarde

Qualifié “d’or gris” par certains, la noix de cajou devient depuis quelques années un produit phare de l’économie ivoirienne. Les chiffres sans cesse croissants de la production et de l’exportation de l’anacarde sont des preuves sans appel du statut de leader qu’occupe notre pays sur le marché de cette matière première. Ainsi en 2015, année ou la Côte d’Ivoire est devenue le premier producteur Africain de noix de cajou, les récoltes ont atteint 625 000 tonnes d’après jeune Afrique citant l’agence Reuters. 

Les exportations quant à elles ont rapporté 337 milliards de francs CFA soit 514 millions d’Euros, indique la même source. Grâce à ces chiffres, le continent africain a pu se positionner en tant que nouvel “El Dorado” de l’anacarde. En outre, il faut noter que la crise du Covid ayant frappé l’entièreté du globe et du marché agricole n’a eu que peu d’effet sur la campagne ivoirienne de 2020, en témoigne les 800 000 tonnes récoltées, pour citer les chiffres de l’alliance pour le cajou africain. Cette organisation dans un rapport daté du 21 mars 2021 prévoit que la production africaine atteigne 2,1 millions de tonnes en 2021, avec 900 000 tonnes produites par la Côte d’Ivoire.

La place qu’occupe la Côte d’Ivoire sur le marché de l’anacarde résulte certes d’efforts de l’Etat ivoirien, mais surtout de ceux des agriculteurs et des acteurs du privé tel que Prime prestige. En effet l’anacardier fut implanté dans le nord du pays dans les années 1960 pour lutter contre l’avancée du désert. Ce n’est que dans la période allant de 1990 à 1995 que sous l’impulsion d’acheteurs étrangers les populations locales virent en l’anacarde une alternative à la culture de rente traditionnelle du nord du pays qu’est le coton. 

L’adoption de l’anacarde comme principale culture de rente du nord s’est faite de manière progressive. Plusieurs raisons expliquent cette adoption. Tout d’abord le fait que l’anacardier, arbre robuste, soit adapté au climat sec de la région nord du pays a été un élément plus que déterminant. À cela s’ajoute la nécessité de transition écologique motivée par l’adaptation à l’épuisement de la rente forêt et aux changements climatiques.

Il faut noter aussi l’impact important qu’a eu la stagnation des prix du coton et du cacao, combiné à l’augmentation des intrants chimiques utilisés dans la production de ces deux cultures. L’anacarde constitue alors pour les producteurs une aubaine financière leur permettant de faire des économies en plus d’offrir de nombreux avantages sur le plan écologique.

Le début des années 2000 marque l’intérêt de l’Etat ivoirien pour la noix de cajou à travers des mesures de régulation de la filière anacarde, afin de remédier au désordre naissant dans ladite filière. Ces mesures ce sont entre autres l’ordonnance de 2002 portant cadres réglementaire et institutionnel des filières coton et anacarde, la création de l’autorité de régulation du coton et de l’anacarde (ARECA), puis l’accompagnement des professionnels de la filière anacarde jusqu’à la création en 2007 de la structure INTERCAJOU. 

Toutefois ce dispositif d’encadrement n’a pas pu empêcher la survenance de mésentente au sein de l’INTERCAJOU causé par des soucis de gestion, provoquant ainsi des tensions entre les acteurs de la filière. Cet état de fait aboutira à la prise de l’ordonnance de 2011 relative aux organisations interprofessionnelles agricoles. En outre, le début des années 2010 a été marqué par la suspension de l’INTERCAJOU puis le remplacement en 2013 de l’ ARECA par le CCA (Conseil du Coton et de l’Anacarde).

L’apport des structures privées intervenant dans le domaine du cajou, au rang desquels figure Prime prestige n’est pas à oublier. Intervenant comme intermédiaires entre les producteurs locaux et le marché international. Les coopératives de producteurs sont elles aussi des actrices majeures du marché du cajou, car constituant un moyen de protection et une force pour les agriculteurs.

Il est important de savoir que malgré cet ensemble de dispositions et de structures encadrant la filière anacarde, celle-ci est confrontée à de nombreuses difficultés. La contrebande, le refus de certains acheteurs de payer le prix du marché, la non-industrialisation de la filière sont entre autres quelqu’un des problèmes auxquels sont confrontés ces acteurs et autant de défis à relever pour la rendre encore plus dynamique.

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